vendredi 28 novembre 2008

29/10
7h30 et il fait déja chaud et fumant noir une circulation bruyante de moteurs américains préhistoriques. Le ventre vide d'un hotel cher très étoilé mais sans service, il faut que je m'en aille.
- Ciudad Bolivar, 1 journée perdue dans les salles d'attentes des banques et aux distributeurs, 1 journée à essuyer l'arrogance des banquiers me prenant pour un brésilien avec une carte et un passeport volé. Mais quels sont ces codes qu'on me demande aux distributeurs? J'ai tout essayé, passeport, 00 rien n'y fait. Je laisse même cet homme qui rode depuis 1 heure autour de moi, me donner un coup de main, peine perdu. Tant mieux: 3 inquiétants alcolytes viennent le rejoindre. J'arrache ma carte et rentre dans la banque affronter l'arrogante banquière. Sans succès, pourtant je me suis rasé. J'échange les 5 euros et 10 reals qu'il me reste pour payer l'hotel et le téléphone ping pong entre les différents services bancaire et visa qui se renvoyent la balle de leur incompétence.
16h00 la nuit qui va tomber, l'hotelier m'a dit de ne pas sortir..
Je n'ai plus que la solution de me rendre au consulat à 40 km de là.
Vélo harnaché, à la sortie de la ville une dernière banque: "Mercantil".
Sans y croire je vais essayer et récupèrent avec soulagement aisance financière et appétit d'une journée sans manger.
Ventre vide toujours, mais reposé et rasé de près avec plus qu'une idée: sortir de la ville. J'ai rendez vous avec un homonyme singulier et à haubans. Angustor, (http://en.structurae.de/structures/data/index.cfm?ID=s0000940) le voila qui déploie sa courbe et enjambe l'Orénoque. Ma petite reine se prend ainsi pour Jules Vernes, reliant Amazone et le superbe Orénoque . Comme suspendus, les 1.7 km se laissent trop vite avaler. Et la route reprend son chemin bolivarien. Les rues, les impasses, les voitures, les bars, la republique, les aqueducs, les barrages, les revolutions, l'éducation, la monnaie tout est bolivarien, et pas ce pont. Surprenant! Je me dit que trop d'hommages tuent l'homme et sa mémoire dans un marketing presqu'insultant. Route plate archi-plate, les seules cotes sont celles d'un chien écrasé dans la nuit et en train d'être dévoré par les vautours. El Tigre de fait se rapproche, des 130km initialement annoncés, je passe à 53 km en 3 heures.Une station sans essence occupe soudain un espace de déjeuner. Le serveur tente lui aussi une identification marketing en libérant un attentioné Hotel California, tout en gesticulant pour prévenir un énième camion qu'il n'y a pas d'essence. Le géomètre est lui aussi parti mangé, dans son bureau à la clim, il digère mal, s'embrouille et affiche un 54km puis un 57 km quelques 30 min de pédale plus loin. J'enrage encore une fois devant tant de négligences. Voila même qu'il s'endore sur les marquages kilométriques, me privant de repères. J'en croise même une annexe de la fontaine Stravinsky.La peur! Depuis El Dorado, je la sens encore là, coincée entre quelques maillons de ma chaine. La peur, la leure? Me leurre-je en me disant que c'est une peur diffuse? Tout ses malandros dont on me met en garde, tout ces avertissements, ce couvre feu. Pourquoi? Une voiture ralentit, met ses warnings et se met devant moi. 5 min, d'escorte bienvenue alors que j'affrontais un traffic devenu hyper-dense de gondole extra-large, ultra-rapide transportant tout sorte de bobine d'acier laminé. La voiture s'arrète dans une rencontre avec Miguel qui me dit " El Tigre es muy perigoso" et me propose son hospitalité. Je refuse la fin du trajet en voiture mais accepte avec soulagement sa proposition de détournement vers El-Tigrito comme démonstration d'un vrai courage.